Colloque : Influences, comment encadrer les lobbyings ?

Colloque « Comment encadrer les lobbyings ? » : un temps fort pour la transparence démocratique

Un enjeu démocratique central

En ouverture, j’ai souhaité rappeler un principe fondamental : le lobbying est une composante normale de la démocratie. Il permet aux décideurs publics de s’informer, d’entendre des intérêts divers et d’enrichir leur réflexion. Mais pour remplir pleinement ce rôle, ces interactions doivent être transparentes, équilibrées et encadrées. À défaut, elles peuvent fragiliser la confiance dans la décision publique.

Dans un contexte de défiance croissante envers les institutions, le renforcement de l’encadrement du lobbying apparaît comme une priorité. Si la loi Sapin 2 a constitué une avancée importante, notamment avec la création d’un registre des représentants d’intérêts, plusieurs intervenants ont souligné la nécessité d’aller plus loin.

Le 25 février 2026, j’ai réuni à l’Assemblée nationale de nombreux acteurs du débat public à l’occasion d’un colloque consacré à l’encadrement des pratiques de lobbying. Chercheurs, représentants d’institutions, journalistes, professionnels des affaires publiques et membres de la société civile ont ainsi croisé leurs regards pour nourrir une réflexion devenue essentielle dans un contexte de défiance citoyenne.

Le lobbying direct : des avancées à consolider

La première table ronde, animée par Jordan Allouche (Ecolobby), a permis de dresser un bilan près de dix ans après l’adoption de la loi Sapin 2.

Les discussions, auxquelles ont notamment participé Jean Maïa (Président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique HATVP), Lola Avril (chercheuse au CNRS et à Panthéon Paris Sorbonne, professeure junior), Laurent Mazille (président de l’Association professionnelle des affaires publiques) et Elsa Foucraut (autrice du Guide du plaidoyer), ont mis en évidence les avancées permises par ce cadre législatif. La transparence des activités de lobbying s’est renforcée, et le secteur s’est progressivement structuré.

Pour autant, ce cadre présente aujourd’hui des limites. La transparence reste encore largement déclarative, les moyens de contrôle apparaissent insuffisants et les inégalités d’accès à la décision publique demeurent fortes. Les discussions ont également souligné que le lobbying ne se réduit pas à des interactions formelles : il reflète des rapports de force plus larges, liés aux ressources, aux réseaux et à la capacité d’influence des acteurs.

Dans ce contexte, je considère que l’enjeu n’est pas seulement de mieux encadrer les pratiques, mais aussi de garantir des conditions plus équitables d’accès à la décision publique.

Le lobbying indirect : les défis de l’ère numérique

La seconde table ronde, animée par Amélie Deloche (co-fondatrice de Paye ton influence), a ouvert la réflexion sur les transformations contemporaines du lobbying à l’ère numérique.

Aux côtés de Klara Durand (journaliste chez Politico), Arthur Delaporte (député du Calvados, co-auteur d’un rapport sur l’influence et les réseaux sociaux), Camille Dorioz (directeur des campagnes à Foodwatch) et Bénédicte de Kersauson (déléguée générale de l’Union des métiers de l’Influence et des Créateurs de Contenu, UMICC), les échanges ont mis en lumière la montée en puissance des stratégies d’influence via les créateurs de contenu et les plateformes sociales.

Ces nouvelles pratiques permettent de toucher des audiences larges, mais elles soulèvent également des enjeux majeurs. Les intervenants ont insisté sur la structuration croissante de campagnes d’influence, sur les déséquilibres économiques entre certains secteurs industriels et la société civile, ainsi que sur les risques d’instrumentalisation des créateurs.

Les discussions ont également mis en évidence la difficulté d’identifier clairement les commanditaires de certaines campagnes, ainsi que la fragilité du modèle économique de l’influence, souvent fondé sur des partenariats commerciaux susceptibles d’affecter l’indépendance des créateurs..

Vers un encadrement renforcé

Au terme des échanges, un constat s’est imposé : si des avancées importantes ont été réalisées, le cadre actuel doit évoluer pour répondre aux mutations du lobbying, qu’il soit direct ou indirect.

Les contributions des différents intervenants ont permis d’identifier plusieurs pistes d’évolution, allant du renforcement des pouvoirs de contrôle à une meilleure traçabilité des interactions, en passant par un encadrement plus clair des campagnes d’influence dans l’espace numérique.

Au-delà des mesures techniques, mon objectif est clair : garantir que le débat public reste transparent, équilibré et orienté vers l’intérêt général.

Pour aller plus loin

▶️ Visionner la première table ronde : https://www.youtube.com/watch?v=UDJE_iHlTgk&t=893s

▶️ Visionner la seconde table ronde :  https://www.youtube.com/watch?v=mfeKq9vlGac&t=27s`

📄 Consulter le compte rendu complet du colloque : https://drive.google.com/file/d/1dq5DQzOjWaNog-A97bpDOLWJK2dQtdBh/view

⚖️ Découvrir ma proposition de loi sur l’encadrement du lobbying : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b1516_proposition-loi.pdf