Cette semaine à l’Assemblée nationale, j’ai interrogé la ministre de la Culture sur les menaces qui pèsent aujourd’hui sur notre capacité collective à créer, débattre et penser librement.
Car les signaux d’alerte s’accumulent, et ils ne peuvent plus être regardés isolément.
« L’extrême droite est entrée en guerre contre la culture : elle s’attaque à l’audiovisuel public, à l’édition, au cinéma, à notre capacité collective à débattre et à penser librement. »
Une offensive est en cours. L’extrême droite mène une bataille idéologique contre la culture, comme elle l’a toujours fait lorsqu’elle cherche à imposer une vision uniforme de la société. Audiovisuel public attaqué, concentration croissante dans l’édition, pression sur le cinéma, mise en cause de celles et ceux qui prennent position : ces signaux ne peuvent plus être regardés isolément.
Ces dernières semaines, les alertes se sont multipliées. Dans l’édition, plus de 130 écrivaines et écrivains ont annoncé quitter Grasset pour dénoncer les ingérences et la concentration croissante du pouvoir éditorial autour de Vincent Bolloré.
Dans le cinéma, plusieurs centaines de professionnel·les ont signé une tribune alertant sur l’emprise grandissante de Vincent Bolloré sur la création et les risques de concentration dans le secteur.
Puis un nouveau seuil d’inquiétude a été franchi lorsque le président du directoire de Canal+, acteur central du financement du cinéma français, a déclaré ne plus souhaiter travailler avec les signataires de cette tribune critique.
Dans ce contexte, les déclarations du président du directoire de Canal+, annonçant qu’il ne travaillerait plus avec les signataires d’une tribune critique de Vincent Bolloré, ont marqué un nouveau seuil d’inquiétude. Lorsqu’un acteur structurant du financement du cinéma laisse entendre que des prises de position publiques pourraient avoir des conséquences professionnelles, c’est la liberté de création et l’indépendance culturelle qui sont directement interrogées.
Je veux saluer le courage de celles et ceux qui, dans le monde de la culture, prennent aujourd’hui la parole et alertent sur les risques démocratiques liés à la concentration des médias, de l’édition et de la création audiovisuelle.
Face à cela, le Gouvernement reste en retrait. La ministre de la Culture choisit la prudence là où la situation exige de la clarté. Certes, elle a jugé « disproportionnées » les déclarations du président de Canal+, mais sans jamais nommer le problème politique posé : celui d’un pouvoir économique toujours plus concentré, capable de peser sur les conditions mêmes de la création et du débat public. Pendant que plus de 2 000 professionnelles et professionnels du cinéma alertent sur les risques démocratiques de cette concentration, le Gouvernement semble préférer l’équilibre des formules au courage de la protection.